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Se remettre d’une dépression post-partum : le témoignage de Sara Beckel

Publié 16 January, 2019 dans Bell Cause pour la cause, Consommateurs, French par 0

Après la naissance de sa deuxième fille, Sara Beckel a souffert de dépression post-partum (DPP). Bien qu’elle ait suivi la formation de « doula » (accompagnante à la naissance) de la Childbirth and Postpartum Professional Association, elle s’est rendu compte qu’il était difficile d’obtenir de l’aide, ce qui l’a incitée à agir pour s’assurer que les autres mères dans sa situation ne se sentent jamais seules. S’inspirant de son expérience personnelle, de sa passion pour le changement et de son amour pour ses enfants, Sara a mis sur pied le Family First Maternal Wellness Centre, afin de venir en aide à toutes les futures mamans. Sachant qu’une mère sur cinq souffre de DPP, elle travaille avec ardeur pour mieux faire connaître la dépression et l’anxiété post-partum et promouvoir la santé mentale des mères, pour que toutes les femmes qui donnent naissance profitent au maximum des joies de la maternité.

Nous avons discuté avec Sara pour en savoir plus sur son expérience et lui demander où elle puise sa motivation pour aider un si grand nombre de mères et leurs familles.

Après la naissance de votre deuxième enfant, comment vous êtes-vous rendu compte qu’il y avait un problème?

Peu de temps après l’accouchement, j’ai pris conscience que tout semblait s’écrouler autour de moi. Avec deux enfants, je me suis retrouvée avec deux fois plus de travail et deux fois moins d’aide, puisque les gens qui me soutenaient ont repris leur vie normale. Je devais m’occuper non seulement d’un jeune enfant, mais également prendre soin de mon bébé qui n’arrêtait pas de pleurer.

La goutte qui a fait déborder le vase, c’est lorsque j’ai commencé à avoir des problèmes d’allaitement. Je n’avais eu aucune difficulté à allaiter ma première fille, alors le fait de vivre un tel problème avec mon deuxième enfant m’a immédiatement rendue très anxieuse. Chaque fois que j’essayais de l’allaiter, cela me renvoyait l’image de mon incapacité à être une bonne mère et à faire ce qu’il fallait pour bien m’occuper de mon bébé. De plus, je me sentais saturée au niveau du toucher, ce qui rendait le contact physique presque insoutenable lorsque j’allaitais. Je me demandais constamment si ma fille avait une carence en nutriments, et il a fallu peu de temps avant que je me sente complètement dépassée. Cela se traduisait souvent par des périodes de dépression profonde ou des crises de rage inexplicables.

Parfois, je voyais bien que je n’agissais pas de façon rationnelle, mais je n’avais absolument aucun contrôle sur la situation. Je me disais qu’il fallait tenir bon et me reprendre en main, mais au fond de moi, je savais que quelque chose n’allait pas, même si j’étais beaucoup dans le déni. Contrairement à maintenant, je ne comprenais pas la maladie dont je souffrais et je pensais pouvoir régler le problème toute seule.

Qu’est-ce qui vous a le plus aidée lorsque vous avez commencé à souffrir de DPP?

Quand j’ai enfin compris que je ne pouvais pas m’en sortir seule et que j’avais besoin d’aide, le simple fait de tendre la main pour demander du soutien a été très bénéfique. Je n’oublierai jamais le jour où j’ai appelé et demandé de l’aide pour la première fois – j’étais tellement soulagée de parler à quelqu’un qui comprend les troubles de l’humeur post-partum. J’ai senti que je pouvais enfin me décharger de ce poids immense que je traînais toute seule, et accepter qu’on m’offre le soutien dont j’avais besoin, ce qui était très difficile pour moi puisque j’ai toujours joué le rôle de la personne qui aide. J’ai toujours été la personne qui soutient les autres, la plus « forte », mais pour la première fois de ma vie, c’est moi qui avais besoin d’aide. Cela n’a vraiment pas été facile de reconnaître que je n’avais pas le contrôle et que j’étais vulnérable au point de demander de l’aide.

Quand je suis passée à l’étape de la guérison et que j’ai dû élaborer un plan pour me rétablir, j’ai appris qu’il était essentiel de prévoir du temps pour moi dans mon horaire. Croyez-moi, c’est plus facile à dire qu’à faire avec un jeune enfant et un bébé. J’ai également découvert que les activités créatives étaient très utiles. Faire un peu de peinture ou créer le moindre objet avec mes mains pouvait m’aider à concentrer mon énergie sur des choses plus positives. J’avais besoin de faire quelque chose uniquement pour moi, car les moments de liberté sont rares pour une nouvelle mère. La musique aussi était très utile et me faisait du bien de multiples façons. Quand j’allais très mal et que j’alternais entre les crises de larmes et les accès de rage, il m’arrivait parfois d’écouter une chanson que j’aime à plein volume et de danser comme une déchaînée pour m’apaiser. Cela me permettait de changer immédiatement d’humeur, alors je gardais toujours une liste de chansons à portée de la main.

Comment avez-vous trouvé la force nécessaire pour créer le Family First Maternal Wellness Centre?

J’ai puisé cette force un peu partout. Mon expérience de dépression post-partum a complètement changé ma vie. En tant que « doula », je pensais savoir ce qu’était la dépression post-partum, mais il a fallu que je souffre moi-même de cette maladie pour en comprendre réellement la complexité.

D’abord, je crois fermement que plus on sait, mieux on fait. Quand j’ai vu qu’un si grand nombre de mères souffraient de la DPP et qu’elles avaient accès à si peu de ressources, je me suis dit que c’était un problème qu’on pouvait résoudre. J’ai plutôt l’esprit pratique, alors j’ai tendance à chercher des solutions au lieu de rester concentrée sur le problème.

Ensuite, mes deux filles et les autres membres de ma famille ont souffert eux aussi à cause de cette maladie – et le simple fait de savoir que je pouvais remédier à cette souffrance m’a beaucoup motivée. Si je ne m’en occupais pas moi-même, qui le ferait? Je ne pouvais pas rester les bras croisés sans rien faire pour les futures mamans et leurs bébés. Je crois que nous sommes tous ici pour apporter une contribution chacun à sa façon, et c’est ma façon de contribuer.

Enfin, le fait de trouver une communauté en ligne et d’échanger avec ses membres m’a énormément aidée. Je pouvais enfin entrer en contact avec d’autres mères qui étaient capables de comprendre mon expérience. Je m’estime très chanceuse de pouvoir compter sur une communauté de femmes dans toute l’Amérique du Nord, qui offrent un soutien sans égal et luttent sur le terrain pour bâtir des ponts et soutenir d’autres femmes de leur région. Grâce aux technologies à notre disposition, j’ai réussi à créer un réseau avec un grand nombre de femmes formidables, et j’en ai appris beaucoup plus sur la maladie et sur les meilleures pratiques en matière de traitement et de soutien. Ensemble, nous sommes plus fortes!

Ce n’est pas facile de voir une personne qu’on aime souffrir, surtout quand on essaye de l’aider. Quel conseil donneriez-vous au conjoint ou à un proche d’une mère en difficulté?

Je leur conseillerais d’aborder le problème de front, avec douceur et en apportant tout leur soutien. La personne qui souffre d’un trouble de l’humeur n’en est peut-être pas consciente, alors ce sont habituellement les membres de la famille ou le conjoint qui remarquent les symptômes en premier.

Informez-vous au sujet de la maladie afin de mieux comprendre ce que la personne vit. On ne choisit pas de souffrir de DPP. Il s’agit d’une maladie, et non d’un trait de personnalité ou d’un choix.

Agissez de façon proactive. Offrez votre aide pour appeler le médecin et rassurez la personne en soulignant que son rôle de mère n’est pas en cause. Rappelez-lui qu’il s’agit d’une situation temporaire, qu’il est possible de résoudre ce problème et que vous êtes là pour la soutenir. Occupez-vous le plus possible des tâches liées aux enfants et des tâches ménagères afin qu’elle puisse se reposer.

Assoyez-vous et écoutez. Laissez-la exprimer ce qu’elle ressent sans évoquer la nécessité de régler le problème. Encouragez-la et rassurez-la en lui disant qu’elle est une excellente maman. Mettez l’accent sur les bonnes choses qu’elle fait. Personne ne réagit de la même façon au même traitement, alors c’est elle la mieux placée pour savoir ce qui est bon pour elle. L’idée, c’est de l’aider à examiner les différentes options et d’être là pour lui offrir du soutien.

Enfin, n’oubliez pas de prendre aussi soin de vous. Trouvez quelqu’un avec qui vous pouvez parler de ce que vous vivez. Encore une fois, la DPP est une maladie qui affecte toutes les personnes concernées.

D’après vous, pourquoi les mères ont-elles de la difficulté à demander de l’aide? Quelles sont les ressources disponibles pour celles qui le font?

Les mères ont de la difficulté à demander de l’aide, car cela leur donne l’impression d’avoir échoué dans leur rôle. Les préjugés concernant les troubles de l’humeur et d’anxiété post-partum sont très tenaces. Les mères sont terrifiées à l’idée de se confier au sujet de leur problème, surtout lorsqu’elles ont elles-mêmes des pensées intrusives, ce qui est souvent le cas. Ces pensées se manifestent sous forme de scènes angoissantes qui jaillissent tout à coup dans votre tête et font en sorte que vous avez peur de vous retrouver seule avec votre bébé. Beaucoup de femmes craignent qu’on leur enlève leur enfant si elles parlent de leur problème. C’est pourquoi il est très important de trouver des moyens d’informer les nouvelles mères et les personnes qui fournissent des soins périnataux, afin qu’elles puissent reconnaître les symptômes et recommander aux femmes les soins les plus appropriés. Nous devons changer la façon dont les femmes vivent la période post-partum en mobilisant des ressources et en créant des parcours de traitement bien définis.

Les ressources varient d’une province à l’autre, et il est toujours utile de consulter votre médecin pour vérifier celles qui existent dans votre région. Les groupes locaux de « doulas » représentent toujours une excellente ressource communautaire. L’organisme Postpartum Progress a joué un rôle considérable dans ma guérison. Il donne accès à un blogue et à des outils gratuits, y compris de précieux renseignements sur les signes et les symptômes de la dépression post-partum. La Pacific Postpartum Support Society, qui est établie en Colombie-Britannique et qui soutient les femmes souffrant de DPP, est l’un des plus anciens organismes du genre en Amérique du Nord. Elle accomplit un travail très important pour les familles, et nous sommes vraiment chanceux d’avoir un tel organisme au Canada.

Quel est le principal message que vous aimeriez transmettre aux autres mères en difficulté?

Si vous êtes une nouvelle mère et que vous souffrez de troubles de l’humeur et d’anxiété post-partum, sachez que vous n’êtes pas seule et que du soutien existe. Vous avez le droit d’être en santé et de profiter de cette période avec votre nouveau bébé. La maternité comporte son lot de mauvaises journées, mais quand on souffre de ce type de maladie, c’est toute la joie d’être mère qui risque de disparaître. Rappelez-vous que ce n’est pas un mal nécessaire. Plus tôt vous demanderez de l’aide, plus tôt vous vous sentirez mieux. Même si la situation semble sans issue et que vous pensez avoir fait une énorme erreur en ayant un enfant, dites-vous que vous êtes une bonne mère et que ce n’est pas votre faute.

Parlez-en à un ami, appelez votre médecin et demandez de l’aide. Comme je le dis toujours à mes clientes, l’aide n’est pas une chose dont on a besoin, c’est une chose à laquelle on a droit. La meilleure façon de prendre soin de votre bébé, c’est de commencer par prendre soin de vous.

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