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La pièce d’Allison Shea Reed sur le trouble obsessionnel compulsif

Publié 6 January, 2020 dans Bell Cause pour la cause par 0
Allison Shea Reed

Allison Shea Reed est actrice, chanteuse, auteure dramatique, fondatrice et directrice artistique du RedWit Theatre. Sa pièce intégrale, Living with Olivia Cadence Donovan, qui traite de la façon dont on peut vivre, et non seulement survivre, avec un trouble obsessionnel compulsif (TOC), a été présentée pendant une semaine dans le cadre du Festival de théâtre de New York en janvier 2018 avant d’effectuer sa première à l’Alumnae Studio Theatre de Toronto en juin 2018. La nouvelle version intégrale de la pièce est maintenant présentée au Tank House Theatre du Young Centre for the Performing Arts du 14 au 25 janvier 2020.

Votre première pièce, Living with Olivia Cadence Donovan, est basée sur la croyance que l’on peut vivre, et non seulement survivre, avec un trouble obsessionnel compulsif. Est-ce que grandir avec un trouble obsessionnel compulsif a été difficile? Comment avez-vous vécu cette expérience?

À l’âge de sept ans, mes parents m’ont trouvée en pleurs sur le plancher de ma chambre à coucher au beau milieu de la nuit, tenant la porte contre le mur. Quand ils m’en ont demandé la raison, je leur ai dit de façon tout à fait naturelle : « Je ne peux pas dormir à moins que la porte soit fermement contre le mur. » Mes parents m’ont prise dans leurs bras, ils m’ont dit que tout irait bien et ont pris rendez-vous à l’Hôpital pour enfants de Toronto. Le docteur a émis un diagnostic de trouble obsessionnel compulsif. Bien que ce diagnostic ait temporairement accordé à ma famille un peu de soulagement, ce n’était que le début de ce qui devait devenir un parcours long et extraordinairement difficile.

Ce qu’un grand nombre de personnes ignorent en ce qui concerne le trouble obsessionnel compulsif, c’est qu’il ne disparaît jamais complètement. C’est un trouble qui doit être géré continuellement grâce à des efforts assidus, de la thérapie et des médicaments. Un trouble obsessionnel compulsif est causé par un manque de sérotonine au cerveau. La sérotonine est un régulateur de pensées qui permet essentiellement de lâcher prise. Il ne s’agit pas seulement d’avoir besoin de faire du ménage ou d’avoir des obsessions. Pour moi, c’est d’avoir le souci constant que quelque chose que quelqu’un m’a dit restera bloqué dans ma mémoire, qu’une pensée aléatoire qui me passe par la tête est réelle, et l’incapacité d’oublier la pensée ou l’idée.

Quels événements vous ont mené à écrire Living with Olivia Cadence Donovan et comment avez-vous composé chaque personnage?

Il y a environ trois ans, j’ai eu une conversation avec un bon ami qui m’a vraiment ébranlée : il m’a dit qu’il croyait avoir un trouble obsessionnel compulsif parce qu’il aime que les choses soient exactement d’une certaine façon et qu’il aime vraiment que tout soit propre. Alors que la moutarde me montait au nez, j’ai dit comme je le fais toujours : « Je ne me sens pas à l’aise de faire ce diagnostic, ça ne ressemble pas à ce que j’ai vécu. Je crois que consulter un professionnel qualifié serait une excellente idée. » Comment cette personne qui me connaît si bien et avec laquelle j’ai partagé mes expériences peut-elle penser qu’un trouble obsessionnel compulsif est SIMPLEMENT ÇA? J’ai essayé d’en discuter avec ma famille, mais je ne pouvais pas me départir des sentiments de colère et d’isolement que j’éprouvais. Ces sentiments n’étaient pas vraiment dirigés contre mon ami, mais plutôt vers le fait que les gens ne comprennent toujours pas de ce que c’est que de vivre avec ce trouble. Je me suis donc mise à écrire et, soudainement, j’ai eu cette pièce sous les yeux qui exprimait exactement tout ce que je voulais dire. « Living with Olivia Cadence Donovan ».

Le titre est inspiré de ce que m’a dit l’un des membres de ma famille il y a longtemps : « Je ne te hurle pas après, je crie après ton trouble obsessionnel compulsif. » Je me souviens vivement d’avoir pensé : « Mais c’est vraiment après MOI que tu hurles. » C’est cette phrase qui m’a menée à créer le personnage d’Olivia : l’incarnation du trouble obsessionnel compulsif. Il était important pour moi que le personnage principal ne soit pas un monstre, mais plutôt une réflexion de la protagoniste qui démontre que toute sa motivation provient d’un besoin de protection et de contrôle. Elle est charmante et gentille. Il ne faut pas la détester, elle veut simplement avoir tout sous contrôle. J’ai d’abord créé Olivia et, ensuite, Emily (le personnage que je joue dans cette production). J’ai donné à Emily tout ce que déteste le plus en moi. Elle est aussi dotée des comportements qui ont donné du fil à retordre aux êtres qui me sont chers. J’ai pensé qu’il serait plus intéressant de créer un personnage qui n’avait pas autant de soutien pour son trouble obsessionnel compulsif et qui était encore aux prises avec ce dernier dans la mi-vingtaine. J’ai eu mon diagnostic quand j’étais très jeune et j’ai eu la chance d’apprendre les techniques dont j’avais besoin pendant ma jeunesse. La plupart des gens n’ont pas cette chance. J’ai ensuite créé Rowan et Graham, son ami et son partenaire potentiel. Ils ont des personnalités opposées qui incitent divers comportements liés au trouble obsessionnel compulsif tout en essayant de la ramener dans le présent et de l’éloigner d’Olivia.

"Living with Olivia Cadence Donovan"
“Living with Olivia Cadence Donovan”

Quelles réflexions espérez-vous que les spectateurs puissent retirer de la pièce Living with Olivia Cadence Donovan?

Mon espoir est que chaque spectateur qui a vu la pièce ne puisse plus jamais dire « Je me sens comme si j’avais un trouble obsessionnel compulsif » et qu’il pourra entamer un dialogue avec ceux qui continuent d’en parler à la légère et leur dire d’arrêter. La première soirée de notre présentation à New York, une dame que je ne connaissais pas est venue me dire : « Je suis désolée de vous importuner, mais je voulais vous dire que ma fille est atteinte du trouble obsessionnel compulsif et que je croyais comprendre ce que c’était, mais je me rends compte que je me trompais. Je comprends maintenant ce qui se passait pendant les silences. Merci. »

Pour moi, c’est ça qui en vaut la peine. J’espère que les spectateurs quitteront la salle avec une meilleure compréhension du trouble obsessionnel compulsif et de ce que l’on ressent comme être humain aux prises avec ce trouble.

Vous venez d’écrire le deuxième acte de Living with Olivia Cadence Donovan. À quoi peuvent s’attendre les spectateurs de cette pièce?

Le premier acte concerne la bataille d’Emily avec Olivia et la façon dont elle finit par accepter que son trouble fasse toujours partie de sa vie. Le deuxième acte commence au moment où Emily apprend à vivre avec son trouble et à prendre les décisions qu’elle veut, même quand la situation est affolante. Pendant l’écriture du deuxième acte, je sentais qu’il était important de montrer qu’un trouble obsessionnel compulsif évolue tout au long d’une relation. Je crois qu’il est essentiel de montrer à quel point il peut être difficile pour quelqu’un aux prises avec une maladie mentale d’être dans une relation. Dans le deuxième acte, Emily apprend à écouter sa propre voix et à prendre des décisions malgré son trouble : c’est-à-dire de faire ce qui est bon pour elle et non pas ce qui est « bon » pour son trouble. Une grande partie du trouble obsessionnel compulsif est liée au contrôle et avoir une relation signifie que l’on doit s’exposer aux réactions et aux décisions d’une autre personne. Il y a une peur constante qu’elle dise ou fasse quelque chose qui déclenchera le trouble ainsi que des idées intrusives qui deviennent des obsessions.

Malgré le stress de la vie théâtrale, vous maintenez une santé mentale positive. Quels sont outils, les ressources ou les individus que vous consultez pour gérer votre propre santé mentale?

Je crois qu’il s’agit d’un parcours de toute une vie et que les outils que j’utilise continueront d’évoluer. Je crois qu’il est important de trouver un thérapeute avec qui vous pouvez parler honnêtement de vos expériences. Une grande partie de mon parcours a consisté à comprendre ce qui fonctionne pour moi et à consolider les pensées et les réactions qui sont vraies et à les distinguer du désordre qui me perturbe. J’ai remarqué que je réussissais mieux quand je faisais de l’exercice régulièrement, que je passais du temps avec les personnes que j’aime et que j’avais un moyen d’exprimer ma créativité. Je crois qu’il est essentiel de trouver un groupe de personnes sur lesquelles on peut compter quand on est en difficulté et qui demandent ce dont on a besoin quand on leur dit être aux prises avec une situation difficile. Ressentir de la solitude ne fait qu’alimenter mon désordre, aussi est-il vital pour moi de me rappeler que j’ai un système de soutien fantastique et qu’on m’aime même quand je me sens totalement détestable.

Avez-vous un message ou un conseil pour toute personne qui a récemment reçu un diagnostic de trouble obsessionnel compulsif ou qui soutient une personne qui a reçu ce diagnostic?

Ne vous en faites pas, ça ira bien et les choses vont s’améliorer. Chaque fois que vous ne laissez pas votre obsession ou compulsion prendre le dessus, votre cerveau apprend que si vous attendez assez longtemps, vous vous sentirez sans doute mieux. C’est difficile. On me rappelle souvent à quel point il est difficile de vivre avec ce trouble, mais ce n’est qu’une petite partie de votre être. Vous êtes beaucoup plus que votre angoisse; entourez-vous donc de personnes qui vous le rappelleront quand vous l’oubliez. De plus, il est bon d’en parler. Trouvez un thérapeute à qui vous sentez que vous pouvez vraiment parler et soyez plus ouvert à ce sujet avec les autres. En partageant cette histoire, cette pièce, avec le monde, j’ai appris qu’il y a beaucoup de gens autour de moi qui sont aux prises avec ce trouble et que le monde devient un peu plus petit et plus facile à gérer.

Pour toute personne qui soutient quelqu’un aux prises avec ce trouble, j’ai trois conseils à partager : Demandez-lui : « De quoi as-tu besoin maintenant? », et évitez de vous mettre en colère. Souvenez-vous qu’une réaction liée au trouble obsessionnel compulsif n’est pas personnelle.  Validez les sentiments de la personne tout en lui rappelant que tout va bien dans le moment présent. « Je comprends que ce que tu ressens est affolant maintenant, mais tout va bien ici. »

La pièce Living with Olivia Cadence Donovan est présentée au Tank House Theatre du Young Centre for the Performing Arts du 14 au 25 janvier. Pour plus d’information, veuillez visiter https://tickets.youngcentre.ca/. Veuillez noter que la pièce n’est jouée qu’en anglais

Allison raconte sa histoire en vue de la Journée Bell Cause pour la cause qui se tiendra le 29 janvier 2020. Joignez-vous à la conversation lors de la Journée Bell Cause pour la cause pour mettre fin aux préjugés et augmenter les sommes que Bell consacre à des initiatives en santé mentale.

Le 29 janvier, pour chaque message texte envoyé et chaque appel interurbain ou mobile effectué par les clients de Bell Canada, de Bell MTS et de Bell Aliant, chaque tweet utilisant le mot-clic #BellCause, chaque visionnement de la vidéo dans les médias sociaux et chaque utilisation du filtre Facebook ou Snapchat, Bell versera 5 cents de plus à des programmes canadiens de santé mentale.

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