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Des experts se prononcent sur les conséquences de la discrimination raciale sur la santé mentale

Publié 19 mars, 2021 dans Bell Cause pour la cause par 0

Le 21 mars marque la Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. Cette journée nous engage tous dans la promotion d’une culture mondiale de tolérance, d’égalité et de lutte contre la discrimination, les préjugés raciaux et les attitudes intolérantes. 

Nous nous sommes entretenus avec le Dr Kenneth Fung et la Dre Bukola Salami, experts en santé mentale ayant une expertise ciblée pour les communautés de personnes noires et asiatiques. Ils lèvent le voile sur les expériences de discrimination raciale vécues par les membres de communautés ethnoculturelles qui entraînent des répercussions sur la santé mentale et nous parlent du soutien disponible pour atteindre le bien-être psychologique.


Dr Kenneth Fung, MD FRCPC MSc FAPA DFCPA

Depuis combien de temps êtes-vous un professionnel/expert en santé mentale et quelle population servez-vous ?

Depuis 2000, je suis psychiatre praticien au service des Canadiens d’origine chinoise parlant le cantonais et le mandarin au Toronto Western Hospital, UHN, ainsi que des communautés canadiennes de l’Asie de l’Est, y compris les Canadiens parlant le vietnamien, le cambodgien et le coréen, par le biais de la Hong Fook Mental Health Association.  J’ai un intérêt et une expertise propres à la psychiatrie culturelle et à la prestation de soins à diverses communautés, ainsi qu’à la formation de résidents et de professionnels en santé mentale sur les aspects de la psychiatrie culturelle, et la réalisation de recherches communautaires pour promouvoir le bien-être mental. Je me suis également engagé dans des initiatives de psychoéducation et de promotion de la santé mentale pour aider à combattre la stigmatisation de la maladie mentale et à renforcer la résilience.

Pouvez-vous donner des exemples d’expériences de discrimination raciale vécues par des membres de la communauté asiatique?

La communauté asiatique a une longue histoire de discrimination raciale qui remonte à la fondation du Canada, lorsque de nombreux Asiatiques, particulièrement les Chinois, ont été amenés pour terminer le chemin de fer dans des conditions périlleuses et injustes. Bien que les choses se soient améliorées depuis l’époque où la taxe d’entrée était imposée ou que les Chinois n’avaient pas le droit de vote, le racisme à l’égard des Asiatiques et les inégalités systémiques ont persisté. Le « mythe de la minorité modèle » masque le racisme anti-asiatique et perpétue par la même occasion le racisme systémique à l’encontre de tous les groupes de minorités visibles. Avec la pandémie, la discrimination ouverte et cachée a augmenté de façon spectaculaire et est devenue presque inévitable. Les Asiatiques ont été accusés d’être à l’origine du virus ou de le propager. Le port du masque, qui s’est répandu très tôt dans de nombreuses communautés asiatiques, est en fait un geste de bienveillance visant à protéger tout le monde. Cependant, ce geste a parfois donné lieu à des attaques discriminatoires, certains devenant les victimes de crimes haineux violents. À Vancouver, on a constaté une augmentation de 717 % des crimes haineux contre les Asiatiques, et une enquête nationale d’Angus Reid a révélé que la moitié des Canadiens d’origine chinoise ont déclaré avoir été insultés à cause de la pandémie, et 43 % ont été victimes de menaces ou d’intimidation.

Quels sont les effets de ces expériences d’injustice raciale sur la santé mentale ?

L’expérience d’un acte de discrimination peut être très traumatisante pour une personne. Elle peut ressentir toute une série d’émotions allant du choc à la colère, en passant par la honte et l’impuissance. Pour certains, cela peut entraîner ou exacerber des symptômes de dépression ou d’anxiété. Ainsi, certains de mes patients ont eu peur de sortir de chez eux. Le racisme systémique et les iniquités structurelles sont également à l’origine de disparités en matière de santé, qui se traduisent par des taux de morbidité et de mortalité plus élevés, notamment des maladies mentales plus graves ou non traitées plus longtemps. Le racisme anti-asiatique a également un impact sur le revenu, la sécurité de l’emploi et le logement, ce qui nuit au bien-être mental. L’un des effets les plus dévastateurs est sans doute que de nombreux membres de la communauté asiatique éprouvent une perte du sentiment d’appartenance envers le Canada. Peu importe le nombre de générations qui vont ont précédé au Canada, les efforts que vous déployez ou à quel point vous maîtrisez  la langue. Des attaques racistes telles que « rentrez chez vous » ou « vous avez apporté le virus ici » peuvent priver la victime de son identité canadienne, de son foyer et de son espace de bien-être psychologique. De nombreux Canadiens d’origine asiatique minimisent leurs expériences du racisme et certains intériorisent même des perceptions d’infériorité ou de culpabilité. Ceci est partiellement attribuable à la culture et à la perpétuité du « mythe de la minorité modèle ». Il est important pour nous tous, en tant que Canadiens, de mettre activement fin au racisme sous toutes ses formes.

Que diriez-vous à un membre de la communauté asiatique qui songe à obtenir de l’aide en matière de santé mentale ?

Je ferais preuve d’empathie à l’égard de la souffrance de la personne et de son expérience de la maladie mentale, y compris les symptômes de dépression, d’anxiété ou de psychose, comme les hallucinations ou les peurs paranoïaques. Parfois, les symptômes de la maladie mentale peuvent inclure des symptômes physiques, comme des maux de tête, des insomnies, des vertiges ou des douleurs d’estomac. Lorsque la souffrance mentale devient trop importante, cela peut inclure des pensées suicidaires. Il est important de reconnaître les symptômes de la maladie mentale. La maladie mentale est réelle et n’est pas un signe de faiblesse ou un défaut de caractère. Il n’y a pas lieu de se sentir honteux ou coupable, même s’il est fréquent de ressentir ce sentiment. Bien que l’on puisse craindre que le fait de se faire soigner fasse honte à la famille, en réalité, c’est un acte de courage que de demander de l’aide, importante à la fois pour soi-même et pour sa famille. Il existe aujourd’hui de nombreuses options de traitement, allant de la médication à la psychothérapie. Un traitement précoce permet un rétablissement plus rapide et de meilleure qualité, et comme l’exprime le dicton traditionnel 病向淺中醫 du Huangdi Neijing, il est maintenant venu le moment de se faire soigner.

Quelles mesures les personnes victimes de stigmatisation pour cause de santé mentale dans leur communauté/famille devraient-elles prendre pour entamer une conversation ou rechercher un soutien culturellement approprié? Que leur recommanderiez-vous?

Il est important de reconnaître que la stigmatisation de la santé mentale à laquelle ces personnes sont confrontées de la part de certains membres de leur famille ou de leur communauté est réelle. Cependant, elles peuvent toujours obtenir le soutien d’autres membres de la famille, d’amis ou de la communauté qui ont une vision plus positive du traitement de la maladie mentale. Il existe des cliniques de santé mentale qui se spécialisent à une culture spécifique, comme la mienne, ainsi que des organisations communautaires comme la Hong Fook Mental Health Association, qui sont prêtes à fournir de l’aide et du soutien. En effet, l’accès à des ressources culturellement spécifiques et appropriées est assez limité, en particulier pour la proportion de populations asiatiques au Canada, et à un niveau systémique, c’est un domaine dans lequel nous avons besoin de plus d’investissements et de soutien de la part du système de santé et de la communauté.

Vous pouvez accéder à la clinique du Dr Fung au Toronto Western Hospital ici. Un programme de groupe virtuel qui incorpore la thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) et la psychopédagogie d’autonomisation de groupe (GEP) pour renforcer la résilience sont également disponibles pour tout le personnel de santé et les prestataires de soins de toutes les ethnies et pour les communautés sino-canadiennes touchées par la crise de la COVID-19.


Dre Bukola (Oladunni) Salami, RN MN PhD 

Depuis combien de temps êtes-vous un professionnel/expert en santé mentale et quelle population servez-vous ?

Je suis en grande partie une chercheure sur la santé des immigrants. Je suis infirmière depuis 2004 et je m’occupe de la santé des immigrants depuis 2009. Je me suis impliquée dans la recherche sur la santé mentale des immigrants depuis 2015.

Pouvez-vous donner des exemples d’expériences de discrimination raciale vécues par des membres de la communauté noire ?

Le Canada a une histoire de racisme, y compris de racisme anti-noir.  Par exemple, en 1910, une politique a été mise en œuvre pour interdire aux personnes qui n’étaient pas de race blanche de venir au Canada.  Les Noirs continuent d’être victimes de racisme anti-Noir et de microagressions.  Parmi les exemples de racisme anti-Noir, citons le fait d’être traité de manière raciste, d’être agressé physiquement en raison de son origine raciale, l’exclusion sociale, le refus de promotion au travail, la discrimination à l’embauche, le fait que les enfants noirs soient orientés vers des professions moins qualifiées, le fait que les Noirs soient plus susceptibles d’être arrêtés par la police pour une conduite équivalente à celle des Blancs, etc.

Quels sont les effets de ces expériences d’injustice raciale sur la santé mentale ?

Dans le cadre de mes recherches sur la santé mentale, j’ai découvert que le racisme anti-Noir a des répercussions sur la santé mentale. Les recherches montrent que les personnes qui ont été victimes de racisme sont plus susceptibles d’avoir des problèmes de santé mentale. Dans une recherche que j’ai menée, les jeunes ont indiqué que le racisme intériorisé a une incidence sur leur santé mentale. Il influence la capacité à bien dormir, à se concentrer, à réfléchir, à se conduire et à se comporter.

Que diriez-vous à un membre de la communauté noire qui songe à obtenir de l’aide en matière de santé mentale ?

J’encourage toute personne à s’assurer qu’elle obtient le soutien dont elle a besoin, y compris auprès de sources formelles et informelles. Un réseau de soutien social positif, des services de conseil et un traitement médical peuvent contribuer à la santé mentale et l’améliorer.

Quelles mesures les personnes victimes de stigmatisation pour cause de santé mentale dans leur communauté/famille devraient-elles prendre pour entamer une conversation ou rechercher un soutien culturellement approprié? Que leur recommanderiez-vous?

Il peut être difficile de trouver un soutien culturellement approprié.  Cependant, certains organismes d’aide aux immigrants disposent d’un soutien en matière de santé mentale adapté à leur culture.  De plus, certaines personnes ont trouvé utile d’obtenir le soutien de chefs communautaires et religieux.

Une liste de soutien an anglais pour la santé mentale des Canadiens noirs est disponible ici.


Si vous souhaitez en savoir plus sur l’état de la santé mentale des personnes issues des communautés de personnes noires, autochtones et de couleur, nous vous encourageons à consulter les informations suivantes :

  • Le webinaire intitulé La santé mentale dans les communautés de la diversité. Une discussion sur la résilience et le bien-être psychologique. Cet événement, qui a eu lieu en janvier 2021, s’appuie sur l’engagement de Bell à prendre des mesures significatives pour lutter contre les impacts du racisme systémique dans les communautés ethnoculturelles du Canada. Il met en lumière une conversation entre des leaders communautaires, des personnes ayant une expérience vécue et des experts en santé mentale spécialisés dans les communautés ethnoculturelles sur l’état actuel de la santé mentale dans les communautés noires, autochtones et de couleur.
  • Une entrevue de CTV News avec le Dr Kwame McKenzie, chef de la direction du Wellesley Institute et conseiller du Fonds diversité Bell Cause pour la cause, dans le cadre de la série « Coping Through COVID » diffusée en novembre 2020 (en anglais).

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